
Une fois bien installés
et le repas attaqué, les tensions
s'apaisèrent.
Chacun racontant à son
voisin les dernières aventures du quartier
ou les anecdotes de famille plus
vieilles que mon grand-père...
D'ailleurs, chacune de ses
phrases commençaient par 'Il fut un temps",
ou "A mon époque..." Si
seulement il avait pu y rester, dans son
époque...

-Vous savez, de mon temps,
jamais il n'aurait été possible de vivre comme
vous
le faites ! Vous en avez de la
chance, à l'époque à Noël c'était
une orange et au lit,
ou un sac de charbons vous savez
! Et il fallait filer droit, sinon c'était le martinet
!
- Ah oui...murmurions-nous,
faussement intéressés par ces histoires et ces
repas
de famille interminables,
qui ne nous mettaient que plus mal à l'aise face à
leurs
opinions
étriquées...
- Oui Holly, jamais il
n'était permis d'abandonner son mari, les liens
sacrés du
mariage, tu en fais quoi ?! Et
toi Bastien, se déguiser comme une fille, on
t'aurait lancé des
pierres ! Quelle décadence chez vous les jeunes, mon Dieu
!

- Je te signale que c'est LUI
qui n'a pas respecté les liens sacrés du
mariage,
pas moi ! Je n'ai pas à
assumer le poids de ses erreurs, c'est moi la victime
!
- Et ce n'est pas parce que je
me mets du crayon autour des yeux que je me
prends pour une fille, c'est un
style comme un autre, point barre !
- NON MAIS !
hurlions nous tous les deux en même temps,
excédés.
- Je veux Damiennnnn ! cria
la gamine en pleurant.
C'est luiiii mon prince charmant
et mon futur mariii !
Je touchais le fond, mais
j'avais toujours été jalouse de l'affection
que
cette gamine éprouvait
pour lui. Chaque année, c'était la même
chose,
elle déblatérait
je ne sais quel discours de petite fille croyant
encore
au prince charmant, et Damien
jouait le jeu pour ne pas la contrarier.
Humph, de toute façon
c'était à moi que revenait le privilège de ses
baisers et
caresses ! Je rêvais de
lui dire une telle chose, mais ma bonne conscience me
l'interdisait, dommage...Mais
cette stupide bornée ne faisait que me
renforcer
dans mon idée que
l'amour, le mariage, tout ça...On l'idéalisait
beaucoup trop,
et ça très jeune.
Elle en était la preuve vivante ! On tombait de haut, comme
pour
le Père Noël. Sauf
que le père Noël, on y croyait plus rapidement. Alors
que le
prince charmant, bon nombre de
femmes continuaient à vivre des dizaines
d'années
avec cette image en tête,
pour certaines cette croyance ne disparaissait jamais
!
J'y croyais encore, au fait que
l'homme de ma vie ne me ferait jamais autant de mal,
j'étais encore une fois
sûrement dans l'erreur. Je n'avais rien appris de cette
histoire,
excepté une chose. Les
hommes nous faisaient toujours souffrir un jour ou
l'autre,
consciemment ou
pas.
Ils accaparent notre coeur, et
s'amusent avec comme bon leur semble,
sans se soucier plus que
ça des égratinures qu'ils y font, puis
des
cicatrices qui restent à
vie ancrées en nous...
)


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